Category: Livres,Romans et littérature,Littérature américaine
L'Aliéniste Details
Simon Bacamarte, aliéniste diplômé, s'installe dans une paisible bourgade brésilienne et, au nom de la science, fonde un asile d'aliéné. Il classe d'abord et enferme tous les lunatiques, mais son emprise sur la cité déclenche un mécanisme diabolique qui va atteindre la totalité de la population. Avec ce savant en délire, Machado s'attaque avec humour aux dogmatismes scientifiques et politiques. " L'aliéniste vit un carnet à la main ; il note les réactions de tous, y compris les siennes. Doit-on le craindre ou rire de lui, comme si l'étude de la folie ne pouvait être que folie ? N'espérez pas de réponse dans L'Aliéniste, plutôt la joie, le bonheur de l'incertitude qui ravit l'intelligence : le réel rendu à sa liberté. " Le Monde. " Le récit de Machado est fort drôle. On rit à en perdre haleine puis, pris de panique, on ne rit plus, on s'interroge : qui est fou ? " Le Magazine littéraire. " Fin, léger, d'un humour subtil et d'une écriture parfaite, c'est un véritable bijou. ". Le Figaro magazine

Reviews
De retour d'Europe, un médecin, pensant oeuvrer pour le Bien Public, entreprend de fonder un asile d'aliénés (la Maison Verte) où seront enfermés les déments de sa ville natale, Itaguaï, au Brésil. Il souhaite ainsi étudier leur comportement et découvrir les racines de leur folie; son projet se réalisera, mais dégénèrera en une espèce de tyrannie de la Raison.Les éditions Métaillé poursuivent la publication des romans de Machado de Assis, écrivain brésilien mort en 1908, et nous livrent là son chef d'oeuvre, dans une belle traduction. Je suis pour ma part plus circonspect sur l'avant propos de Pierre Brunel, qui n'est qu'une paraphrase superficielle et assez plate du roman, saupoudrée de références de circonstance à Foucault, Serres et Deleuze. Pour faire court, Brunel analyse en effet la nouvelle comme étant, en premier lieu, typique d'un certain discours sur la folie tel qu'il se développe au 19ème siècle et, en second lieu, comme une réflexion sur le pouvoir et la tyrannie. Certes, ces deux aspects sont bien présents dans l'Aliéniste, mais il me semble que le propos de Machado de Assis est beaucoup plus profond et porte beaucoup plus loin que cette interprétation trop évidente.Ce dont il est ici question, c'est du rapport de l'homme au réel, de la philosophie considérée comme en opposition permanente à l'acceptation brute du réel. Une longue tradition de la pensée occidentale, de Platon à Heidegger (en passant par Aristote, Descartes, Hegel etc) consiste à récuser que seul ce qui existe existe, et rien d'autre ; pour celà, cette tradition a créé les concepts de Nature, Raison, Esprit, Histoire et tout un ensemble de systèmes dont la vocation ultime est de mettre en évidence un « au-delà » de la réalité, qui lui donne un sens et la justifie. Ainsi la vie ne serait-elle pas juste une « histoire pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien », mais la manifestation sensible d'un Système, d'un grand Dessein porteur de sens.Ce que recherche l'Aliéniste, c'est bien l'Idée, la Nature de la folie (et, par là même de la normalité), un concept pur qui donnerait un but, une justification à l'existence. Il s'inscrit donc pleinement dans cette tradition de la pensée occidentale. Pour preuve son expression favorite (De l'avant, toujours de l'avant) qui rejoint l'idée exprimée par Descartes dans le Discours de la Méthode selon laquelle il faut toujours que la pensée aille de l'avant pour arriver quelque part. La première théorie qu'il élabore échoue, car, par sa mise en pratique, la plupart des habitants d'Itaguaï se retrouvent enfermés dans la Maison Verte (ce qui est en contradiction avec le principe minoritaire de la folie, par définition exceptionnelle); en conséquence, il inverse complètement et démentiellement les termes de sa théorie, libère les fous supposés et interne le reste de la population, c'est-à-dire, ceux qu'il estimait jusque-là sains d'esprit. Ces derniers guérissent tous ; la Maison Verte se vide intégralement et l'Aliéniste se retrouve face à un second échec. S'il n'y a plus de fous à Itaguaï, c'est qu'il n'y a ni folie, ni normalité; il n'y a plus que ce qui existe, dans sa diversité hasardeuse ; toute sa quête s'effondre ; il est en proie à l'angoisse décrite par Clément Rosset, l'angoisse de l'homme devant l'inanité de sa vie, l'angoisse de l'homme qui refuse d'admettre que "tout celà" existe pour rien. Dernier sursaut : pour trouver une ultime justification à sa recherche, il se fera reconnaître par la communauté comme le seul dément de la ville, s'internera lui-même dans la Maison Verte où il mourra quelques mois plus tard.En bref, un somptueux roman sur le réel et l'illusion scientifique et philosophique.


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