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Sabtu, 08 Februari 2020

Histoires d'un médecin russe

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Category: Livres,Romans et littérature,Littérature russe

Histoires d'un médecin russe Details

Maxime Ossipov promène son oeil acéré et lucide de médecin sur la réalité russe. Le constat est rude : corruption, racisme, trafic d'organes... Les corps et les âmes souffrent, les médecins trompent ou se trompent, l'histoire pèse sur les existences. Et pourtant, si ses personnages voyagent ou émigrent dans les plus grandes villes du monde, comme lui, ils reviennent toujours à la Russie. C'est là qu'un bonheur, même fugace, est possible, c'est là que se révèle la vérité des êtres. Ces huit récits sont nourris de rencontres et des situations que Maxime Ossipov a dû affronter alors qu'il exerçait comme cardiologue dans différentes cliniques moscovites et à Taroussa, dans la province russe, où il s'est opposé aux autorités locales pour moderniser le service de cardiologie. Son expérience d'enseignement aux Etats-Unis, dans une université californienne, lui a également inspiré certains de ses personnages et alimente sa réflexion sur la transmission des valeurs et la quête de l'essentiel. Ces histoires simples, toujours surprenantes, sont empreintes d'une humanité à la fois bienveillante et sans illusions ; elles s'inscrivent dans la grande tradition littéraire des médecins écrivains tels que Tchekhov et Boulgakov.

Reviews

La scène se passe à Rome pendant une escale. Matveï, qui a encore toute sa vie devant lui, saute dans un taxi pour regagner l'aéroport, mais le très sympathique chauffeur italien lui propose d'abord un détour pour saluer son petit neveu Vittorio, puis un autre détour pour contempler Rome du haut de l'Aventin. Et là, à mi-chemin entre les deux pôles de son existence, entre les Etats-Unis et la Russie, dans un lieu d'une beauté et d'une lumière merveilleuses, le jeune homme éprouve enfin le sentiment qu' "il fait partie intégrante du monde et de la vie. Etrange: il avait accompli tant de choses - études, déménagements, compétitions et tutti quanti - mais rien ne lui avait apporté le sentiment qui l'habite depuis une heure: celui de sa présence personnelle dans le monde." C'est l'un des plus grands charmes des récits remuants et pleins de vie du très talentueux Maxime Ossipov: entamer la lecture d'une des sept nouvelles qui composent cet excellent recueil, c'est un peu comme sauter dans un taxi qui nous emportera Dieu sait où après d'imprévisibles bifurcations. L'écrivain conduit à la manière d'un chauffeur fanfaron: dans ses grandes histoires s'emboîtent comme des poupées russes de plus petites histoires. Qu'un personnage, en qualité de témoin, soit reçu par un colonel dans les bureaux de la milice, et voilà que ce dernier commence à lui raconter l'incroyable vie dans un camp de travail de son père juif; ou bien, que Matveï se décide dans l'avion à parcourir un journal américain, et c'est tout un pan de l'histoire américaine que l'écrivain fait défiler sous nos yeux à travers la seule lecture de quelques notices nécrologiques. La plupart des nouvelles décrivent la Russie après la perestroïka, et la sinuosité narrative accentue l'impression vive qu'il peut s'y produire n'importe quoi, partant qu'il faut s'attendre à tout dans une société sans foi ni loi qui continue d'aller à vau-l'eau. S'attendre par exemple à trouver dans l'ascenseur d'un hôpital moscovite le cadavre d'un patient avant qu'il ne soit conduit à la morgue! Dans la lignée d'écrivains comme Alexandre Ikonnikov ("Dernières nouvelles du bourbier"), Maxime Ossipov continue d'ausculter le chaos post-soviétique, mais, fort de son expérience de médecin, en concentrant son regard sur le monde de l'hôpital, microcosme qui par ses multiples dysfonctionnements métaphorise parfaitement le chaos social ambiant. Une nouvelle d'un pessimisme radical ("Le petit Lord Fauntleroy") se charge de déniaiser un médecin au bon c?ur en le confrontant à la fracture sociale et de la façon la plus cruelle qui soit au racisme à l'égard des "noirauds" (les non-Russes). Le ton s'interdit la satire et s'empreint pour les victimes de tendresse et de compassion. Comme pour la très touchante Alia Ovsiannikova et son époux Tamerlan, image de l'innocence dans une petite ville industrielle gangrenée par la corruption, l'absurdité et l'incompétence ("Kombinat"). Le recueil passionne davantage et gagne en originalité lorsqu'il évoque la manière dont un Russe considère les Etats-Unis. Dans trois récits de belle facture qui se répondent dans un jeu d'une grande subtilité contrapuntique, Maxime Ossipov embarque très significativement ses personnages à bord d'un vol New York--Moscou. "Cape Code" suit sur deux décennies la trajectoire ascendante d'un émigré qui réussit en affaires au-delà de toutes les espérances. Aliocha et sa bien-aimée Chourotchka sont l'incarnation même du rêve américain, et s'américanisent si bien qu'ils finissent l'un comme l'autre par se prénommer Alex. Que reste-t-il de l'âme slave chez ces deux-là? Le jeune Matveï, a de bonnes raisons d'émigrer (l'odieuse trahison d'un père sous le régime communiste), il change lui aussi de nom, cependant son regard sur la société américaine est plus critique et le place dans un entre-deux impossible ("Pièces sur l'échiquier", d'une surprenante construction). D'un continent à l'autre, un médecin russe passe en l'espace d'un weekend d'un aéroport américain trop clean et aseptisé à l'atelier sale et désordonné d'un mécanicien à Moscou. Dans quel pays s'accomplit le bonheur que lui a promis une patiente soignée avec tant de dévouement? Là-bas, ou ici, dans ce bourbier? La fin de ce récit agité ("La tzigane") répond avec un beau sourire, pour ceux qui sont restés, pour ceux qui ont fui, à l'essentielle question: peut-on échapper, en dépit de tout, à l'amour pour la terre de ses origines?

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